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Une arme devrait-elle ressentir de la honte ou de la compassion ? Il ne prenait pas la décision fatidique et ne voulait surtout pas connaitre les tenants. On lui désignait une cible et il l’exécutait, rien de compliqué. Cette vie lui avait apporté un certain confort et il en était reconnaissant à ses commanditaires. Depuis qu’il avait quitté l’armée, il faisait le même travail que lorsqu’il était dans les forces spéciales, mais pour beaucoup plus d’argent. Alors, au Diable les petits drapeaux à la con ! La petite se cala contre lui en grognant de satisfaction. Sans le vouloir, il lui caressa les cheveux en murmurant, les yeux vitreux.

— Tiziri...

Le Touareg servit un nouveau verre de thé.

— On dit du deuxième verre qu’il est sucré comme l’amour.

Ils burent de concert. Effectivement, le liquide brûlant était différent, plus épais et sirupeux. Effectivement, le liquide brûlant était différent, plus épais et sirupeux. Virgile se pencha en avant pour poser le verre vide sur le plateau d’argent en prenant garde de ne pas déranger l’enfant qui somnolait. Afellan, pour la troisième fois, concocta le thé. Avant qu’ils boivent, le Targui leva trois doigts vers le ciel d’un air sentencieux, le regard grave.

— Mon peuple dit du troisième thé qu’il est doux comme la mort, car la mort ne doit pas être redoutée, elle est une délivrance et non une séparation. Les morts ne sont pas morts, ils sont avec les vivants.

Le Messager but et l’arome du thé imprégna son palais. C’était  à la fois puissant et suave. Au couchant, le ciel se calcinait dans un baroud d’honneur et le silence se fit autour d’eux comme si la nature et les hommes retenaient leur souffle devant la splendeur du spectacle. Tiziri respirait si difficilement que la main du Messager vint se poser sur la poitrine cave de l’enfant. Aussitôt la petite fille s’apaisa et sombra dans un sommeil de pierre tombale.


— Chez mon peuple, on dit que le premier thé est dur comme la vie.

Il but le breuvage avec délectation. Virgile porta le verre aux lèvres et avala avec circonspection le liquide mousseux, brûlant et odorant. C’était fort et amer tout à la fois. Le Messager fit claquer sa langue. Il décida qu’il aimait. Le Targui recommença les opérations alors que la petite fille s’était approchée. Elle se tenait à côté de son père, un air de défi dans les yeux. Sans même la regarder, Afellan déclara d’une voix rauque ou perçait la tristesse :

— C’est ma petite dernière. Elle s’appelle Tiziri, cela signifie « clair de lune » dans ta langue. Je crois que tu l’intrigues, d’habitude elle est plutôt sauvage...

La gamine s’avança timidement puis, pleine d’une résolution soudaine, vint s’installer sans façon sur les genoux du Messager. Elle s’adossa contre la poitrine de Virgile, se blottissant comme un oiseau dans le nid. « Elle ne pèse rien. » songea le Messager.

— Elle est gravement malade, les poumons. Elle a la... comment dit-on déjà ?

— La tuberculose.

— Oui c’est cela, la tuberculose...

— Tu es ici pour la faire soigner ?

— J’aimerais mais je n’ai plus d’argent, la sécheresse a décimé mon troupeau.

Il y avait dans la voix du Touareg des accents de tristesse et de fatalisme. Et le Messager comprit pourquoi le chef nomade s’était résigné à coopérer avec des Occidentaux. C’était pour sauver son enfant et nourrir sa famille. Soudain, il se sentit sale, lui qui apportait la mort depuis si longtemps sans trop savoir pourquoi... Parce qu’il avait été entrainé à cela. Parce qu’on le payait pour cela. Parce qu’il ne savait faire que cela. Merde après tout !


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