ROMAN

16,90 euros - 176 pages

Parution le 02/06/2022

ISBN 978-2-35887-865-4

COLLECTION
LITTÉRATURE

 

 

L'Espion qui venait du livre

Luc CHOMARAT

Bob Dumont, agent secret, combat sans cesse le maléfique Igor. D’aventure en aventure, notre héros surentraîné au charme dévastateur lutte pour l’empêcher de devenir le maître du monde. Mais au détour d’une rue de Singapour, alors qu’il quitte les bras d’une hôtesse de l’air, Dumont tombe sur un adversaire d’une autre trempe. Delafeuille, éditeur parisien, n’a pas l’intention d’ingurgiter une fois de plus les clichés invraisemblables, racistes et sexistes de ce roman. Le monde du livre a changé, les lecteurs ont d’autres exigences. Pour donner un nouveau souffle à cette histoire, l’éditeur a décidé de rentrer dans le récit, de récupérer Bob Dumont et de l’emmener chez John Davis, l’auteur, histoire d’avoir entre hommes une petite conversation…

 

Avec ce pastiche de roman d’espionnage inventif et surprenant, Luc Chomarat nous entraîne dans un imbroglio romanesque des plus réjouissants. Course-poursuites et scènes de combat se mêlent à un portrait plein d’humour des auteurs et des éditeurs, et à une étonnante réflexion sur le sens de la littérature.

ROMAN

16,90 euros - 176 pages

Parution le 02/06/2022

ISBN 978-2-35887-865-4

COLLECTION
LITTÉRATURE

L' Auteur

Luc CHOMARAT

Luc CHOMARAT

Né en Algérie à la fin des années 1950, Luc Chomarat a publié à l'âge de 22 ans son premier roman qui lui a valu de figurer aussitôt dans une liste établie par Le Magazine littéraire de cinquante auteurs vivants comptant dans le roman policier. Il se consacrera à la publicité avant de revenir à l'écriture. Également traduteur et auteur de livres pour la jeunesse, il a été publié tout d'abord aux éditions Rivages. En 2016, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour son roman Un trou dans la toile.

 

Ce qu’en dit la presse

  • Entre OSS 117 version Dujardin et Le Magnifique, avec Belmondo, L’Espion qui venait du livre est un réjouissant pastiche qui se moque aussi bien des auteurs pas bégueules que des éditeurs peu scrupuleux.

  • La souplesse du style surprend de bout en bout, croisant habilement réflexion littéraire et action loufoque. Pour le plus grand plaisir du lecteur.

  • On ressort fort opportunément le galop d'essai de Luc Chomarat, jeune et brillant sexagénaire qui, après un passage dans la publicité, a « trouvé refuge dans un monastère tibétain pour échapper au fisc ». C’est du moins ce qu'il raconte !

FERMER

Le Jumbo en provenance de Los Angeles venait de s’immobiliser en bout de piste. Bob Dumont jeta un coup d’œil par le hublot. Singapour, à nouveau. Ses yeux, des yeux qui avaient la couleur et la dureté de l’acier, se plissèrent. Son dernier séjour chez les Jaunes avait été plutôt mouvementé et lui laissait un goût amer dans la bouche.

Se plissèrent jusqu’à n’être plus que deux fentes. C’est mieux. Ses yeux, des yeux qui avaient la couleur et la dureté de l’acier, se plissèrent jusqu’à n’être plus que deux fentes. Son dernier séjour chez les Jaunes avait été…

Ce n’était certes pas son premier séjour chez les Jaunes. Comme toujours, il avait le goût du sang dans la bouche.

C’est mieux.

Il défit sa ceinture, fit jouer ses muscles souples, vérifia que son Beretto était bien calé dans son holster. L’hôtesse, une blonde longue et ferme dont le chemisier se tendait à craquer sur une paire en béton, lui adressa un sourire radieux. L’hôtesse…

L’hôtesse, une blonde longue et ferme dont le chemisier strict se tendait à craquer sur une paire de seins. L’hôtesse. L’hôtesse, une blonde longue et ferme dont le petit chemisier strict était plein à craquer d’une paire de seins énormes, lui adressa un sourire radieux. L’hôtesse, une grande blonde souple et svelte dont le petit chemisier strict craquait sous la pression de deux. Bon, on verra après. Lui adressa un sourire radieux.

D’instinct, il sut que cette marque de sympathie était destinée plus à l’homme qu’au passager. Elle avait une bouche intéressante et Bob lui rendit la politesse sans se faire prier.

Elle avait une bouche large, couleur de tulipe fraîche et Bob lui rendit la politesse sans se faire prier.

Craquait sous la pression de deux seins… Se déchirait aux coutures…

On verra après.

– Bon séjour à Singapour, Monsieur, dit-elle d’une voix de gorge très prometteuse.

– Si nous pouvons nous revoir, il le sera, fit Bob avec chaleur. Durement. – Si nous pouvons nous revoir, il le sera, fit Bob durement.

Il menait une existence mouvementée, qui pouvait se terminer brutalement à tout instant. Aussi ne perdait-il pas de temps en préliminaires.

– Je n’osais pas vous le proposer, avoua-t-elle, ses grands yeux turquoise rivés à ceux de Dumont. Je reste quelques jours avant de repartir pour Tokyo…

Il la détailla de haut en bas. Elle était décidément carrossée à son goût.

– Nous trouverons certainement une occasion, ma belle. Où êtes-vous descendue ?

– Je suis au Caesar Palace.

Il se leva, récupéra son sac de voyage.

– À très bientôt, dit-il aimablement.

 

 

Une heure plus tard, Bob pénétrait dans les toilettes pour hommes du Mah-Jong, le fameux centre commercial robotisé. Un petit homme se tenait devant les lavabos, très occupé à se laver les mains depuis une demi-heure. Bob s’approcha. L’homme portait un exemplaire du Wall Street Journal dans la poche droite de sa veste.

– Qu’est-ce que vous avez pour moi ? Je suis Dumont.

– Oui, j’ai étudié vos photos.

– Méfiez-vous des cyborgs. Alors ?

L’homme au journal jeta un coup d’œil inquiet autour de lui. Bob ne connaissait pas son nom, ne savait rien de lui. Il savait juste où le retrouver et à quoi le reconnaître. Le service était plus cloisonné que jamais, depuis le 11 Septembre.

– Il paraît que vous êtes le meilleur, Dumont. J’espère que c’est vrai, parce que ce qui nous arrive dessus n’est pas une plaisanterie.

– Al-Qaïda ?

– Vous pouvez oublier Al-Qaïda. Si mes sources sont exactes, nous allons devoir faire face à une menace bien plus terrible.

– Abrégez. Je ne suis pas un enfant de chœur.

À nouveau, le petit homme regarda autour de lui. Dans une des cabines, quelqu’un déféquait bruyamment.

– Voilà… Tenez-vous bien. Le tsunami qui a ravagé tout le sud de l’Asie et causé la mort de cent cinquante mille personnes n’avait probablement pas des causes naturelles.

Le visage de Bob demeura impénétrable.

– Si c’est vrai, qui est derrière cette opération ?

L’autre haussa les épaules.

– Igor bien sûr. Qui d’autre, à votre avis, est à ce point acharné à la destruction de l’humanité, sans aucune discrimination de quelque nature que ce soit, politique, religieuse, idéologique…

– Igor… (Les yeux de Bob se plissèrent.) Il n’est donc pas mort…

Jusqu’à n’être plus que deux fentes. Les yeux de Bob se plissèrent jusqu’à n’être plus que deux fentes. Il me faut un petit café. Est-ce qu’il me reste des filtres ?

Racheter des filtres. PENSER À CHANGER LA BOUTEILLE DE PROPANE.

 

– C’est agaçant, toutes ces petites interruptions…

– Que voulez-vous dire? interrogea Bob.

– Vous n’avez pas remarqué ?

– Mais de quoi diable parlez-vous ?

– Rien, rien… Où en étions-nous ?

– Igor… (Les yeux de Bob se plissèrent jusqu’à n’être plus que deux fentes meurtrières.) Il n’est donc pas mort…

– Non, confirma le petit homme. On reconnaît sa signature… C’est monstrueux.

– La fiabilité des sources ? – Plus de 75%. Un standard particulièrement élevé, comme vous devez le savoir. Est-ce que vous vous rendez compte de ce que cela signifie ? Si l’opération est reconduite avec succès au large de la Floride, le 11 Septembre fera figure de plaisanterie dans les livres d’histoire.

– Oui, j’avais compris.

Un bruit de chasse d’eau les fit se retourner. Un Jaune en chemise à fleurs sortit d’une cabine en souriant. Rien qu’un inoffensif autochtone, pour qui n’avait pas l’œil exercé de Dumont.

– Couchez-vous, prononça-t-il.

Trop tard. Le tueur fit jaillir un pistolet-mitrailleur Uzi et arrosa le décor sans faire de détail, perforant l’homme au Wall Street Journal sur toute sa hauteur. S’abritant aussitôt derrière le cadavre, Dumont le propulsa sur le tueur. Le souffle coupé, le Jaune tomba à genoux. Dumont lui encastra la tête dans une vespasienne. Le Jaune, à moitié aveugle, glissa dans une flaque de sang, atterrit violemment sur la céramique en vidant son chargeur au hasard. D’un atémi bien placé, Dumont lui brisa la nuque.

Un silence surréel succéda au sifflement ininterrompu des projectiles.

– On dirait que mon incognito a fait long feu, remarqua Dumont.

L’Uzi était équipé d’un réducteur de son. À l’extérieur, le massacre était probablement passé inaperçu. Si personne ne pointait son nez dans les soixante secondes, on échapperait à bien des complications avec les autorités locales.

Il se recoiffa rapidement devant la glace au-dessus du lavabo et quitta les lieux, à temps pour croiser une escouade d’uniformes armés jusqu’aux dents. Prenant son air de touriste, Dumont gagna la sortie en s’efforçant de marcher lentement. Sitôt à l’extérieur, il appela un taxi.

– Démarre, dit-il à l’autochtone affable et bridé qui lui souriait de ses deux dents.

– Oui sahib.

Le Jaune s’exécuta. Confortablement calé dans le fond du véhicule, Dumont alluma une cigarette Gold et détendit ses muscles un à un.

– Où allons-nous, sahib ?

Bob réfléchit. Visiblement tout le monde à Singapour était au courant de son arrivée. Un comité d’accueil devait l’attendre à son hôtel. Il fallait improviser. L’hôtesse ? Bob consulta sa montre. Il fallait laisser à la dame le temps de défaire ses valises.

– Emmène-moi visiter quelque chose.

– Oui sahib. Temple du Lotus Rouge.

– Tout ce que tu voudras.

 

 

Deux heures après, Dumont se présentait souplement à la réception du Caesar Palace. Un Jaune affable, costumé en pingouin, l’accueillit d’un sourire avide de pourboires.

– Mon sahib désire ?

– Une de mes amies est descendue ici. Hôtesse de l’air, blonde, svelte… Elle fait du 95 D.

– Félicitations, sahib.

– Ça va, ça va… (Dumont aligna quelques dollars sur le comptoir.) Le numéro de la chambre ?

– Certainement effendi. Mademoiselle Furie. Chambre 315.

– Entrez, dit une voix de gorge lorsqu’il eut frappé.

Par précaution, il dégaina son fidèle Beretto, poussa la porte, entra souplement. Tout semblait normal. La pièce était vide. Une forte odeur de jasmin arrivait du jardin par la terrasse dont la fenêtre était grande ouverte.

– Oui ?

Elle sortit de la salle de bains à l’instant où Bob rengainait son flingue. En négligé de dentelle noire ouvert sur ses seins généreusement siliconés, elle était évidemment bien plus à son avantage que dans l’uniforme de la Panam.

– Monsieur Dumont. Je viens à peine de défaire mes bagages. Quelle excellente surprise.

– N’est-ce pas ? J’ai vu de la lumière, et je suis bien monté.

Elle eut un rire de gorge qu’il trouva tout à fait merveilleux.

– Je sens que nous allons bien nous entendre, dit-elle en désignant le canapé. Voulez-vous boire quelque chose ?

– Scotch. Avec de la glace.

Elle alla jusqu’au bar d’une démarche élégamment chaloupée. Bob apprécia en connaisseur la visible fermeté de sa croupe. Elle laissa tomber deux cubes de glace dans un grand verre, lui adressa un regard chaleureux par-dessus son épaule.

– Quelque chose me dit que vous devez bien tenir l’alcool, monsieur Dumont.

– Je vois que vous vous y connaissez en hommes.

– Pensez-vous. Elle prit place à côté de lui, colla sa cuisse contre la sienne en lui tendant son verre, qu’elle avait généreusement rempli d’un excellent douze ans d’âge.

– Pas mal, apprécia Dumont.

– Je me sens très rassurée avec vous, monsieur Dumont.

– Ça va, ça va… Mets-toi au boulot.

Elle se pencha en avant. Elle était tout à fait rassurée, apparemment, étant donné l’ardeur avec laquelle elle se mit au travail.

Quelques instants plus tard, Dumont passait sur la terrasse, allumait une Gold. La chambre donnait sur les jardins de l’hôtel. De sombres palmiers ondulaient devant lui avec une souplesse de serpents. Il se laissa tomber dans un vaste fauteuil en bambou, rajusta distraitement son nœud de cravate. Tout invitait à jouir de l’instant sans plus se poser de questions.

Silencieuse comme une chatte, elle se glissa près de lui. Embrasés par le couchant, ses cheveux lâchés roulaient comme une lave dans le creux de ses reins. Il y avait un moment déjà qu’elle ne portait rien d’autre que ses chaussures. Il apprécia le spectacle, prit le verre plein qu’elle lui tendait.

– Tu as été fantastique, dit-elle.

– Oui, reconnut Dumont.

Ils trinquèrent. Elle le frôla, alla s’accouder à la balustrade, merveilleusement impudique. Bob soupira.

– Il ne faudrait pas que ça nous fasse perdre de vue les dures réalités de la vie, prononça-t-il comme pour lui-même.

– Que veux-tu dire ?

– Igor savait très bien que j’échapperais à son tueur à la petite semaine. En fait, cela faisait partie de son plan. Détourner les soupçons et t’ouvrir un boulevard.

– Mais…

– Te fatigue pas. Ton vraie nom est Ilsa Goulag, matricule… 1764099 je crois, section 12V. Lorsque j’ai étudié ton dossier tu étais brune et tu portais les cheveux au carré. On disait aussi que tu ne commettais pas d’erreurs. Apparemment, ce n’est plus le cas.

Elle avait compris. Un petit pistolet nacré venait d’apparaître dans sa main. Il avait beau être petit, il devait pouvoir cracher du .22, ce qui ne pardonnait pas à cette distance.

– Pas mal, apprécia-t-il. Je me demande bien où tu as pu planquer ce joujou pendant tout ce temps.

– Je répare très vite mes erreurs, chéri. C’est pour cela qu’elles n’apparaissent pas dans mon dossier.

Dumont aspira la fumée de sa cigarette. Il sentit l’extrémité du dard contre ses dents.

– Adios, baby. C’était bien le temps que ça a duré, dit-il.

Un sifflement à peine audible dans la nuit de Singapour. Le dard empoisonné s’enfonça entre les seins de l’espionne. À cette distance du cœur, l’effet du poison était quasi-instantané. La paralysie gagna l’extrémité des membres en une fraction de seconde, bloquant son doigt sur la queue de détente. Ses yeux se révulsèrent. Elle tomba raide aux pieds de Bob.

Il s’agenouilla au-dessus d’elle. Déjà il n’y avait plus une étincelle de vie dans ses grands yeux vides. Sa langue enflée pendait hors de sa bouche, en une dernière grimace d’invite à ce qu’elle savait faire de mieux.

– Dommage, prononça Bob en prenant son pouls par précaution.

Elle était encore chaude et il se dit que ce métier n’avait pas que des bons côtés.

– S’agirait maintenant de ne pas moisir ici.

Il lui ferma les yeux, se redressa vivement. Effectivement, ce n’était pas le moment de s’attarder: on frappait à la porte de la chambre. Bob jeta un dernier regard circulaire. Il vida son verre, essuya hâtivement ses empreintes, et sans hésiter, enjamba la balustrade. Il se réceptionna souplement, gagna l’allée principale sans se retourner.

En moins d’une minute, il était dans la rue. Il se dirigea à grands pas vers le boulevard Feng-Shui, qui traverse Singapour du nord au sud. Un taxi arrivait à point nommé. Dumont haussa un sourcil. Le véhicule obliqua résolument vers lui et s’arrêta à sa hauteur dans un épouvantable crissement de pneus. La portière s’ouvrit à la volée.

– Montez, Dumont. Dépêchez-vous, nous avons perdu assez de temps.

Toujours sur ses gardes, Bob s’installa sur la banquette arrière. Un petit homme d’une cinquantaine d’années, un Occidental, vêtu d’un costume sobre et d’un imperméable défraîchi, s’y trouvait déjà. Dégarni, tassé sur lui-même comme une bestiole prête à bondir, il regardait Dumont par-dessus une paire de verres épais, d’un air consterné.

– À l’hôtel, dit-il au chauffeur, qui embraya aussitôt.

– À qui ai-je l’honneur ? demanda Bob.

– Delafeuille. Mes respects.

– Delafeuille, Delafeuille… Votre nom me dit vaguement quelque chose…

– Évidemment, abruti. Je suis votre éditeur. L’homme qui met sur le marché vos aventures ineptes.

FERMER

Newsletter

 

Nous publions environ une lettre par mois
Si vous êtes un professionnel du livre, vous pouvez
recevoir une newsletter spécifique à votre activité :

En renseignant votre adresse email, vous acceptez de recevoir nos emails d'informations par courrier électronique et vous prenez connaissance de notre politique de confidentialité.